Paul Messier réagit
14 septembre 2011 | Par Équipe CJSO
Le directeur général de la Société d’aménagement de la baie Lavallière, Paul Messier réagit aux dires de Martin Cournoyer, de l’UPA, repris dans un article du Sorel-Tracy express.
Il s’exprime à titre personnel dans cette lettre telle qu’envoyée au FM 101,7:
L’article sur la baie Lavallière paru dans le Sorel-Tracy Express m’a interpelé au plus haut point. L’intérêt que je porte à ce magnifique marais aménagé ne date pas d’hier. La première fois que j’ai mis les pieds dans la baie, j’avais à peine 8 ans. Technicien forestier de formation, ma passion pour la nature et mes nombreuses expériences m’ont transformé en technicien de la faune. J’ai eu la chance de participer à la presque totalité des études qui ont été réalisées sur cet écosystème si fragile. Depuis 1989, je me suis impliqué pour la mise en valeur de ce milieu exceptionnel, entre autres, en faisant partie des membres fondateurs de la Société d’aménagement de la baie Lavallière dont je suis maintenant directeur général. Je tiens à préciser que j’écris cet article à titre personnel.
Au fil des années, la baie Lavallière a changé, à tel point, qu’il y a 15 ans, un cri d’alarme a été lancé auprès du gouvernement provincial, propriétaire de la baie Lavallière. Le marais présentait des signes de déséquilibre : changement dans la végétation, perte du milieu ouvert et sédimentation ou envasement prononcé des cours d‘eau. C’est alors que fut mise sur pied une équipe de chercheurs pour identifier la source du problème.
Les données recueillies sur la qualité de l’eau, sur la quantité de sédiments transportés, sur l’état santé de la faune ichtynienne (les communauté des poissons), sur l’état santé de la forêt entourant la baie et la revue du paysage agricole des années 70 à nos jours ont permis de dresser un diagnostic sur la santé de la baie Lavallière.
L’étude a révélé que la sédimentation est causée en majeure partie par un changement du type de culture pratiquée. Le passage du mode fourragé (culture du foin ou pâturage) à la grande culture du maïs et du soya a eu comme résultat que maintenant quand une goutte d’eau tombe dans les champs, au lieu de prendre plusieurs jours avant d’arriver dans la rivière Yamaska, elle prend moins d’une journée. Ce phénomène qui a pour conséquence un niveau d’eau très élevé après la moindre petite pluie, soit de 5 à 10 millimètres. Les terres agricoles les plus affectées sont les terres les plus basses. Elles sont situées à la fin du bassin versant du système hydrique de la baie Lavallière. Comme cela n’était pas suffisant, le climat est en changement. Les pluies diluviennes du sud nous atteignant chaque été et/ou chaque automne donnent une trop grande quantité d’eau à gérer par les tributaires de la baie causant des inondations et débordement catastrophique pour les écosystèmes forestier bordant la baie Lavallière. De plus, la rivière Yamaska déjà saturée de sédiments, joue mal son rôle d’évacuateur d’eau vers le fleuve ce qui cause des débordements dans la baie Saint-François, qui elle aussi, est en train de s’envaser.
En 2007, les conclusions de cette étude ont été présentées au bureau de l’Union des producteurs agricoles (UPA), afin de trouver des solutions pour palier à ce phénomène. Un comité a été formé regroupant les principaux intervenants de la baie lavallière soit : la Société d’aménagement de la baie Lavallière, le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Canards Illimités Canada, OBV (organisme de bassin versant) de la Yamaska, Club agroenvironnemental La Vallière, MRC de Pierre-de-Saurel, Ministère du Développement durable, de l’environnement et des parcs du Québec, etc. Des pistes de solutions ont été identifiées et une ressource a été engagée par le groupe conseil en agriculture, le Club agroenvironnemental La Vallière, pour effectuer des diagnostics ferme par ferme, pour solutionner les problèmes d’érosion et la perte de terre arable (re-profilage et la végétalisation des berges, création de bassin de récupération des sédiments, etc). Ce programme étant sur une base volontaire, seulement quelques fermes du bassin versant s’en sont prévalues et ont été visitées; les résultats ne sont pas encore connus.
Les récentes menaces de poursuites judiciaires de la part de l’Union des producteurs agricoles (UPA) aux organismes environnementaux, au gouvernement du Québec et à la MRC Pierre-de-Saurel, me font craindre pour la survie de la baie Lavallière.
Mon opinion et mes constats personnels sur toute cette affaire, sont que le bassin versant de la baie Lavallière est très malade. Si dans les prochaines années, rien n’est mis en œuvre concrètement sur le terrain, nos belles érablières sont vouées à disparaître et la situation pour les agriculteurs ne s’améliorera pas. La baie va changer ; d’autres espèces vont prendre la place de celles qui sont vouées à disparaître. Petit à petit, elle va étouffer.
En terminant, je dois souligner que durant une grande partie de l’été le barrage de la baie Lavallière a été ouvert assèchant le marais au complet. Les niveaux d’eau enregistrés dans la baie durant cette période on été nettement plus bas que ceux enregistrés dans les terres agricoles situées en amont. Ce qui révèle que la majorité des tributaires ne jouent pas leur rôle d’évacuateur d’eau et qu’ils sont obstrués par les sédiments. Avant d’ouvrir ces derniers, je crois qu’il serait important de mettre en œuvre un programme d’étude hydrique du bassin versant de la baie Lavallière, d’identifier et d’intervenir sur les terres qui produise le plus de sédiments. Des solutions à ce problème existent et leur mise en œuvre permettraient d’éviter que le creusage des cours d’eau doive être recommencé presqu’à chaque année.
Paul Messier
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